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16.09.2026

Wiiisdom, champion de la fiabilité des données

Né à Lille (59) en 2007, l’éditeur de logiciels Wiiisdom s’est imposé sur un créneau pointu : garantir la fiabilité des tableaux de bord sur lesquels les entreprises fondent leurs décisions. Une expertise devenue stratégique à l’ère de l’IA, qui a déjà convaincu 600 clients parmi les plus grands groupes internationaux.

Les premiers pas de Wiiisdom

Nous sommes en 2006, Sébastien Goiffon a déjà une solide expérience de consultant au service de grands groupes français. Son cœur de métier, c’est la mise en œuvre de Business Objects, un logiciel dédié à l’analyse des données d’entreprise qui transforme des masses d’informations brutes en tableaux de bord et autres rapports à l’usage des décideurs. C’est ce qu’on appelle l’informatique décisionnelle (business intelligence, en anglais). « Ma spécialité, c’était la sécurisation de Business Objects, via la gestion des droits et des habilitations, un sujet primordial pour des organisations qui ont parfois des dizaines de milliers de collaborateurs susceptibles d’accéder à des données ultrasensibles. » Un jour, l’un de ses clients lui fait une demande inédite : faire du Business Objects sur Business Objects, à savoir observer l’outil comme il observe les fonctionnements d’une entreprise : quelles sont ses données sensibles ? Qui y a accès et comment ? « Derrière cette demande, l’idée était de mettre en place une gouvernance analytique pour superviser l’outil, en tester la fiabilité et mettre l’ensemble de ses résultats en forme afin d’assurer la meilleure exploitation possible dans les circuits de décision. » Sébastien Goiffon conçoit alors un applicatif « bricodé » par ses propres moyens, qui fonctionne si bien qu’il lui vaut un premier client dans la foulée. L’année d’après, alors que SAP vient de racheter Business Objects, le jeune entrepreneur rencontre un autre consultant qui planche de son côté sur un outil comparable au sien. Les deux hommes s’associent et c’est ainsi que GB&Smith voit le jour.

Un décollage...

« Notre duo était parfaitement équilibré, poursuit Sébastien Goiffon. Je connaissais le terrain, je comprenais bien les demandes des clients et je savais les spécifier tandis que lui était un véritable magicien du code, d’une technicité incomparable. » Résultat, les contrats se succèdent et la petite entreprise est rentable dès sa naissance. Les années qui suivent ressemblent à un grand huit. Au début des années 2010, l’entreprise double régulièrement son chiffre d’affaires, décroche des clients de plus en plus prestigieux et des ré¬compenses enviées et accueille même Denis Payre, cofondateur de Business Objects, à son comité consultatif. Cette ascension est d’emblée inter¬nationale : « L’un de nos tout premiers clients était une assurance anglaise, suivi de près par l’agence américaine de protection de l’environ¬nement », se souvient Sébastien Goiffon. Mais vendre depuis la France a ses limites : pour percer sur « le pays du logiciel », il faut y planter ses racines. En 2015, le dirigeant s’installe donc à Boston.

et des turbulences

« Mais la belle mécanique se grippe quand nous voulons étendre notre concept et notre technologie à d’autres types de logiciels. Ce pari coûteux nous vaut une longue traversée du désert et le départ de mon associé. » Une fois sortie de l’ornière, GB&Smith trouvera finalement les relais de croissance dont elle a besoin au sein de son marché d’origine « car pendant que nous cherchions à adresser d’autres besoins, le monde de l’informatique décisionnelle s’est développé avec la montée en puissance de Tableau et Power BI ». Première scène de ce second acte : en 2020, l’entreprise réalise sa toute première acquisition en rachetant la startup britannique Kinesis-CI, qui a mis au point une technologie de fiabilisation des tableaux de bord… pour Tableau, justement. De quoi étendre à cette plateforme le savoir-faire jusque-là réservé à Business Objects et amorcer un changement d’échelle. Reste à le financer.

Une levée de fonds pour une nouvelle étape

Après 15 ans de développement uniquement sur fonds propres, GB&Smith devenue Wiiisdom cherche alors à lever des fonds. « Notre recherche a patiné pendant plus d’un an, se souvient Sébastien Goiffon. Il faut croire que notre profil ne correspondait pas aux stratégies habituelles des investisseurs : nous ne voulions pas aller sur Mars, nous n’avions pas besoin de nous implanter aux États-Unis, notre portefeuille de clients était déjà solide… Nous étions trop “normaux” ! » Mais Isatis Capital s’est montré à l’écoute. « Nous avons été immédiatement séduits par Wiiisdom, indique Nicolas Bugy, directeur de participations chez Isatis Capital. L’entreprise présentait tous les critères que nous recherchions : un bon produit, un taux de croissance vigoureux et unebelle équipe, bien équilibrée entre l’ingénierie et le com¬mercial. Leur projet était clair et réaliste et c’est donc tout naturellement que nous sommes entrés au tour de table. » Forte de cet apport de 6 millions d’euros bouclé en 2022, Wiiisdom poursuit son développement en déployant sa technologie sur Power BI et en passant d’un modèle de licences perpétuelles à l’abonnement – le modèle SaaS –, qui assure des revenus réguliers.


80% du CAC 40

Aujourd’hui, la PME lilloise de 80 salariés réalise 60 % de son chiffre d’affaires aux États-Unis et pilote depuis Boston une organisation répartie sur quatre pays : la France, les États-Unis, le Canada et le Royaume-Uni. Ses solutions de gouvernance analytique couvrent désormais les trois grandes plateformes du marché et équipent plus de 600 clients. Pour la plupart, ce sont de très grands groupes : 80 % du CAC 40, mais aussi Pfizer, les gouvernements français et américain ou la FDA américaine. « Wiiisdom prospère sur trois terrains aussi sensibles que réglementés que sont la finance, la santé et les institutions publiques où une donnée erronée dans un reporting peut coûter des millions de dollars, souligne Nicolas Bugy. L’entreprise bénéficie, en outre, d’un statut d’acteur historique sur ce marché de la gouvernance analytique, encore largement émergent. »

Un marché de niche, mais promis à un bel avenir, dont Wiiisdom entend rester le chef de file. « En quatre ans, notre collaboration avec Isatis Capital s’est révélée fructueuse, portée par une vraie qualité de relation humaine, estime de son côté Sébastien Goiffon. Un partenaire attentif et précieux pour conforter notre position dans un univers encore en devenir. » Car la partie est loin d’être finie : si les grands groupes et les secteurs régulés ont mesuré l’importance de fiabiliser leurs outils analytiques, l’immense majorité des entreprises, elles, restent à convaincre. À l’heure où l’IA déverse ses analyses à un rythme inédit, le pari de Sébastien Goiffon – faire de la confiance dans la donnée un réflexe universel – n’a jamais semblé aussi pertinent.


La gouvernance analytique est encore un marché de niche avec un fort potentiel de développement et Wiiisdom dispose de nombreux atouts pour s'y maintenir en position dominante : de grandes capacités d'innovation d'abord, mais aussi une organisation équilibrée

Nicolas Bugy

Nicolas Bugy

Directeur de Participations

Isatis Capital a su croire en notre projet et s'est montré à l'écoute de notre ambition et de nos spécificités tout au long des quatre premières années de notre relation. Entre nous, la dimension humaine compte au moins autant que l'aspect financier

Sébastien Goiffon

Sébastien Goiffon

Président de Wiiisdom

La gouvernance analytique à l'ère de l'IA : menace ou opportunité ?

C’est une petite musique qui revient sans cesse depuis quelques mois : l’IA serait désormais capable de produire des outils d’analyse de données si rapidement qu’elle menace les plus grands logiciels en place. Il suffirait de demander à un ChatGPT, un Copilot ou un Claude d’interroger les données pour construire des outils décisionnels sur mesure et quasi gratuits. Une menace pour Wiiisdom ? Non, car l’entreprise est protégée par son modèle économique essentiellement tourné vers les grands groupes. En effet, ces derniers sont, pour la plupart d’entre eux, soumis à une régulation stricte qui les contraint à une exigence de fiabilité et de traçabilité incompatible avec l’improvisation. Pas question, pour une banque ou un laboratoire pharmaceutique, de confier un reporting réglementaire à un outil fabriqué à la volée : intégrer une nouvelle technologie y suppose des mois, parfois des années, de validation. D’autant plus que l’IA est loin d’être infaillible. Un rapport de 2025 réalisé par Infosys souligne ainsi que 95 % des cadres et des dirigeants ont connu au moins un incident conséquent lié à l’usage de l’IA, avec, dans 77 % des cas, des pertes financières associées. Pour autant, du côté de Wiiisdom, l’IA est moins un péril qu’un territoire à explorer. Car, qu’elle soit intégrée aux outils historiques, comme le Copilot de Microsoft, ou qu’elle soit conçue de manière native pour l’entreprise, l’IA ouvre de nouveaux besoins de gouvernance, pour fiabiliser la gestion des données et les analyses qui en sont tirées. Fort de ses deux décennies d’expertise, l’éditeur lillois s’apprête d’ailleurs à lancer une offre dédiée à la sécurisation des outils de reporting produits à l’aide de l’IA.